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 Côteau 65 x 81 cm

 

Point de fuite,

 

 

 

Isabelle Grangé explore le paysage; paysage de sa campagne natale, entre pays et visage. Elle travaille sur ce qui est pour elle intimement familier, et là même où s’inscrit l‘Humanité. Le visage s’ouvre à la ligne des yeux. Le pays s’ouvre, se prolonge dans l’imaginaire au point de la ligne d’horizon, au point de fuite, point hors de nous; il s’échappe et relie le réel et l’imaginaire.

La peinture de paysage occidentale ou asiatique positionne l’humain en proportion inverse. Mondrian l‘exclut pour n’en retenir que les lignes de forces horizontales et verticales ainsi que les couleurs primaires. Kiefer retient la matière comme «prima materna», celle de l’oeuvre, celle de la transformation alchimique.

Isabelle Grangé se positionne avant ou après l’homme, paysage comme annonce ou exclusion. Avec cette série sur les crayères, falaises de craie, issues de la fossilisation d’une mer et des plans d’extraction de l’activité humaine. L’artiste entreprend de relire itinéraire et territoire et de les relier. Comment alors poser le point de fuite face au mur? À la marge! Isabelle Grangé abat le mur et rend compossible d’une part l’émergence de cette mer évaporée sur un plan horizontal et d’autre part de conserver les plans de coupe d’extraction en les rabattant sur cette horizontalité première.

De la falaise de craie, l’artiste retient sa blancheur, ses jeux de lumière alternant tout au long d’une journée: jour/nuit.
La technique de dépôts successifs de pigments saturés, de matériaux lissés contribuent aux passages subtils de la lumière dévoilant la matière, relevée par un travail à la craie et au fusain. Cette lumière dévoile davantage la matière que les couleurs quasi neutralisées.

L’homme absent, le silence s’impose, l’après Bach est encore du Bach. Mais avant qu’en est-il? La circulation de notre regard convoqué, ouvre les plans, le point d’imaginaire ouvre le paysage. Bach est alors aussi convoqué. L’humain en miroir, par mimétisme se projette dans ce paysage; telle est la force renouvelée des paysages d’Isabelle Grangé. 

 


Jean-Yves Mesguich, 2015

 

 

 

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